
- Nasson Hilaire, président de l’Association des Réfugiés Haïtiens. © Sophie Amsili - Marseille Premium
Marseille Premium : Pouvez-vous nous parler de votre association ?
Nasson Hilaire : Elle a été créée en 2008 pour aider les réfugiés d’Haïti et d’autres pays dans leurs démarches administratives pour pouvoir travailler en France, obtenir des aides et aider leurs proches dans leur pays. Je voyais des Haïtiens se faire expulser de France, des Etats-Unis, du Canada…Environ 50% des 80 000 Haïtiens qui vivent en France métropolitaine et dans les territoires d’outre-mer sont en situation irrégulière. On voulait aider ces gens-là qui n’avaient rien, qui étaient vulnérables vis-à-vis des autorités policières. Puis notre objectif s’est élargi : après le séisme en Haïti, au lieu de demander le statut de réfugié pour les demandeurs d’asile en France, on s’est dit qu’on pouvait demander un statut de réfugié humanitaire pour les victimes des catastrophes naturelles dans le monde. Le statut de réfugié humanitaire que nous défendons est planétaire. Il pourrait être accordé au cas par cas et sa durée varierait également selon la situation. Nous voulons agir à l’échelle internationale, que les Parlements du monde entier travaillent sur cette question. On a demandé à l’Etat français via M. Vauzelle lors d’une réunion à la région, d’accorder aux Haïtiens en situation irrégulière un titre de séjour humanitaire pour qu’ils puissent travailler et subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs proches en Haïti. M. Vauzelle a gentiment accepté de faire de notre proposition l’objet d’une question à l’Assemblée Nationale. Aujourd’hui nous attendons que le débat ait lieu. J’aimerais également demander un entretien à M. Sarkozy. Nous sommes revenus d’Haïti avec des demandes et des propositions. Toutes nos démarches servent à demander un statut de réfugié humanitaire. C’est vrai, la France ne peut pas recevoir toutes les victimes, mais une organisation internationale pourrait permettre à ces gens-là de pouvoir revivre.
MP : Pourquoi vous être installé à Marseille ?
NH : En 2004, j’ai été exilé d’Haïti suite à mes idées qui n’étaient pas appréciées par le gouvernement haïtien. J’ai été protégé par l’ambassade de France et je me suis retrouvé ici en France. En Haïti, il y a les plus belles plages du monde. Et puis « Haïti » veut dire « le pays des montagnes ». A Marseille, je me retrouve en Haïti ! En plus, Marseille est une ville accueillante où les gens sont animés d’une extrême générosité. J’ai choisi Marseille car c’était le seul endroit où je trouvais le calme à mes souffrances, au traumatisme… Pour moi Marseille était une thérapie.
MP : Vous revenez d’Haïti. Quelle est la situation actuelle là-bas ?
NH : Les secours français font un travail extraordinaire en Haïti, comme le Canada et les Etats-Unis. Je suis satisfait par l’aide apportée bien qu’elle soit mal répartie et distribuée de manière anarchique. Par exemple, les largages par des hélicoptères de l’armée américaine créent de la violence. Les victimes les plus fragiles sont les femmes et les enfants.
MP : Vous préparez un film…
NH : Oui, Joël Maître fera le montage et on essaiera de faire diffuser le film sur France 3, par des producteurs ou sinon dans des festivals. Mes images sont la face cachée : les médias montrent seulement l’hôtel Montana, l’ambassade de France, le palais national, la cathédrale de Port-au-Prince... Je montre les maisons effondrées, où, sous les décombres, il y a des corps, une mauvaise odeur sur des milliers de kilomètres. J’ai vu des familles, des gens, qui campent devant des maisons écroulées et qui attendent des secours pour récupérer les corps de leurs proches et les enterrer dignement. Je vis avec ces images. L’Etat haïtien ne prend aucune décision pour le déblayage et la communauté internationale reste muette devant ce problème. Or, il faut parler de déblayage avant de parler de reconstruction. J’ai rencontré des Haïtiens en Haïti qui disent : « moi je veux partir mais je veux retourner en Haïti après la reconstruction ». Ce sont des gens qui ont une histoire, une culture et qui ne veulent pas quitter leur pays. Moi aussi ça fait cinq ou six ans que je suis en France et j’aimerais bien retourner en Haïti pour y vivre. Avant, Haïti était la perle des Antilles. C’est grâce à elle que Marseille, Bordeaux, Nantes ont cette taille, ces biens, cet argent… Haïti est riche mais Haïti n’est pas exploité. On veut que le monde entier les aide pour qu’ils exploitent la richesse de leur pays et que celle-ci reste en Haïti. Pour que les Haïtiens n’aient pas à s’exiler. Haïti, c’est l’île magique. On aimerait que les Haïtiens puissent y vivre comme tout le monde.





