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"Le Forum Mondial de l'Eau 2012 a déjà commencé"

La Chambre de Commerce et d’Industrie de Marseille Provence (CCIMP) a reçu Monsieur Loïc Fauchon le vendredi 5 mars au Palais de la Bourse. L’actuel PDG de la Société des Eaux de Marseille (SEM) et président du « Conseil Mondial de l’Eau » (CME) est intervenu en Assemblée Générale sur la thématique de l’organisation du prochain Forum Mondial de l’Eau qui aura lieu en 2012 à Marseille. Lors de la conférence « Faire avancer la cause de l’eau », Loïc Fauchon s’est exprimé sur l’importance de cet évènement. Il a aussi réalisé un exposé détaillé sur les problèmes et enjeux liés à cette ressource.

10
mars
2010
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Loïc Fauchon et Jacques Pfister
Le président du CME invité par Jacques Pfister Président de la CCIMP (c) MB Marseille Premium

Les menaces qui pèsent sur l’or bleu et les besoins accrus

Pour le PDG de la SEM « le forum a déjà commencé ». Son exposé était assez scolaire et résumait les problèmes touchant l’eau. « Il faut travailler pour trouver des solutions à ces problèmes, en établissant des règles internationales pour préserver l’eau et les lier à des enjeux spécifiques régionaux ». Quatre types de problèmes menacent cette denrée, Loïc Fauchon les détaille : d’abord « une démographie galopante » entrainant une demande et des besoins en eau de plus en plus forts. Selon lui « le débat sur le climat est excessif ! On oublie le problème de l’eau. La croissance économique est freinée par l’urbanisation et la pollution. On subit la non maîtrise de l’économie forcenée ». D’autre part, cette croissance économique effrénée entraine une forte dégradation de la nature. Surtout que notre « niveau de vie de plus en plus élevé ». Selon le PDG de la SEM, « en 100 ans les prélèvements en eau ont été multipliés par sept alors que la population mondiale a été multiplié par trois ». Le dernier problème concerne le « climat perturbé, créant des perturbations à différents endroits du monde » (sécheresse ou à l’inverse des pluies torrentielles). L’inégalité commence ici...

La prise de conscience s’est amorcée depuis une dizaine d’années. « Il faudra trouver le bon équilibre entre le partage de l’eau pour le développement humain et pour la nature ». Il faut pour cela « jouer sur une offre d’eau diversifiée ». Et de proposer un ensemble de techniques comme « dessaler l’eau de mer, traiter les eaux saumâtres, réutiliser les eaux usées, pomper plus profondément et transférer l’eau plus loin ». Malheureusement, « cela ne suffit pas. Il faut surtout réguler les ressources disponibles ». Pour illustrer ce point, il donne l’exemple de la Californie dont « l’état d’urgence a été décrété en ce qui concerne la gestion de cette ressource. Le but annoncé étant d’atteindre un objectif de 20% d’économie d’eau sur un an. La Californie a atteint le chiffre de 12% sur douze mois ». C’est énorme selon les spécialistes. Et d’en arriver à la conclusion qu’il « faut mieux gérer l’eau, adopter un comportement plus économe, ne plus voir couler les eaux dans les caniveaux à Marseille par exemple » précise le patron de la SEM. Dans les années à venir, il faudra « prendre en compte le concept d’eaux virtuelles (ce que l’on consomme en eau pour créer un bien matériel) afin de réduire notre empreinte hydrologique ». Pour lui, cette notion « va prendre de l’ampleur et bouleversera le monde économique dans les années à venir modifiant, à termes, les règles d’importation et d’exportation ».

D’ici 2050, il faudra nourrir 9 milliards d’individus. « Pour alimenter la planète, il faut réduire le gaspillage. Si on regarde vers le Royaume-Uni, environ 25% de la nourriture est gaspillée. Ce qui représente des tonnes d’eau ». On regrette qu’il n’y est pas une analyse française de la situation... Dans d’autres zones du globe, l’eau n’est pas sécurisée « on dénombre 25 000 morts par jour dûes à des maladies hydrauliques ».

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"Faire avancer la cause de l’eau"
Les intervenants face au monde économique (c) MB Marseille Premium

Des impératifs à mettre en place et à respecter Le premier et le plus important selon le PDG de la SEM est« la mise en place du droit à l’eau. Il faut l’affiner, l’inscrire dans la Constitution » annonce-t-il. Et de proposer d’autres pistes comme de « déterminer des allocations minimales d’eau et énergie, créer des points d’eau, de raccorder des populations au réseau... ». Niveau financier, il faudra certainement « consacrer plus d’argent à cette cause » en « augmentant l’aide publique et en créant un fond mondial de l’eau ». Il faudra aussi faire prendre conscience des enjeux à l’échelle mondiale en « répondant aux attentes des citoyens et en valorisant la pédagogie ».

A y regarder de plus près, il faudra aussi veiller à « la sécurité de l’eau ». Dans le sens où cette denrée constitue « une ressource stratégique ». En effet, « l’absence d’eau créée des tensions » pouvant aboutir à des conflits. C’est à cette fin que « le conseil mondial de l’eau (CME) se doit de rassembler les grandes nations, afin de renforcer l’hydro diplomatie pour éviter d’entrer dans quelques années dans une guerre de l’eau ». Une expression que veut bannir Loïc Fauchon au privilège de la concertation diplomatique pour que justement « les tensions n’aboutissent jamais en une guerre ».

CME et Forum mondial de l’eau : Démarche sincère, mécénat ou lobbying ? Le CME est une organisation internationale, créée en 1996 dont le siège est basé à Marseille. En tout, plus de 400 organisations internationales en sont membres : États, ONG, entreprises adhèrent au conseil. Un conseil qui se définit comme « les yeux, les oreilles et la voix de l’eau ». Pour son président, le but est de « rendre le débat public à travers les médias et de convaincre les décideurs. Donner la parole à un maximum d’acteurs afin de favoriser les initiatives concrètes ».

Le Forum Mondial de l’Eau est « la plus importante manifestation mondiale sur cette thématique ». Ouvert à tout le monde, on a comptabilisé environ « 25 000 personnes au cinquième forum ayant eu lieu à Istanbul, 182 pays y étaient représentés et 1000 journalistes présents ». En comparaison il est vrai que « Marseille est un village par rapport à Istanbul ou Mexico (quatrième forum en 2006) avec son petit million d’habitants, mais la capacité d’ouverture des provençaux et l’hospitalité marseillaise feront de ce rendez-vous un succès. Ils auront la volonté d’entrer dans l’évènement ». Pour Monsieur Fauchon « Ce n’est pas ce qu’aurait dû être Copenhague. L’esprit du forum est le dialogue, pour aboutir à des solutions ». En tout cas, les moyens sont important « 38 millions d’euros alloués dont 50% venant du public et 50% du privée. L’aide public provient pour moitié de l’échelon local (ville de Marseille, département, région) et du niveau national (entreprises de l’eau, offices de l’eau…) »

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Fin de la présentation
Rendez-vous en 2012 pour savoir ce qu’il adviendra. Verrons-nous apparaître le fameux "droit à l’eau" ? (c) MB Marseille Premium

En terme d’agenda, il a été annoncé qu’en mars 2010 doivent être mis en place « un comité interne, un secrétariat et un comité national ». Dès le printemps 2010, un kick off meeting devrait avoir lieu à l’Elysée pour entamer « le lancement officiel du processus de préparation du forum ». A partir de là commencerons « deux ans de travail jusqu’à l’aboutissement du forum »... à deux mois à peine des présidentielles. Est-ce que cela influencera les décisions éventuelles ? Dans quel sens ? Trouvera-t-on des idées, accords sur l’eau à l’échelle planétaire ? L’évènement sera-t-il l’objet de récupération politique ?

Bref, même si la conviction des acteurs est forte, ce forum aboutira-t-il ? On en est déjà au sixième, combien en faudra-t-il pour s’en sortir ? Tant de questions demeurent. Comme le fait remarquer un membre du public « l’eau c’est l’essence de la vie. Il va falloir apprendre à vivre autrement ». Sommes-nous prêts pour cela ? La guerre de l’eau aura-t-elle lieu ? Puisqu’il n’y a pas de frontière de l’eau. De fait, comment la répartir équitablement ? Sur qu’elle période ?

Un débat passionnant s’annonce. Le problème est d’envergure, espérons que les solutions ne seront pas que du pain sec et de l’eau !

par Malik Brahmi

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