Marseille-premium est allé à la rencontre de Nicolas Gravel, professeur d’économie à l’Université de la Méditerranée. Le 21 et 22 juin 2010, il avait organisé avec Alain Trannoy, directeur de l’institut d’économie publique (IDEP), les journées d’économie publique "Louis-André Gérard- Vanet". Il accepte de nous éclairer au sujet de la réforme des retraites.
Marseille-Premium : Que pensez-vous de la réforme des retraites ?
Nicolas Gravel : La question des retraites est complexe. Il est clair que le système de la retraite à l’heure actuelle n’est pas autofinancé. Il faut donc trouver un moyen pour qu’il le soit afin que les personnes puissent partir à la retraite. Les mesures qui ont été annoncées, dont l’allongement des cotisations, sont, je pense, inévitables, sachant qu’actuellement on est à deux actifs pour un retraité.
Il faut savoir, qu’à la fin de la seconde guerre mondiale, dans les années cinquante, quand on a mis en place les retraites, on comptait cinq actifs pour un seul retraité. En 2050, il y aura deux retraités pour un actif.
Si vous avez un retraité par un actif dans une population et que vous devez donner au retraité 75 % du revenu de l’actif, comment faîtes-vous concrètement ? Vous taxez 75% des revenus des actifs ce qui est insupportable. Donc il faut trouver des solutions.

En France, on pose le problème « d’âge de départ » à la retraite. Alors qu’il parait plus judicieux de réfléchir en termes d’années de cotisations. Cela serait plus juste pour les personnes qui, à l’âge de 56 ans, ont déjà cotisé 40 ans. De plus, généralement leurs métiers sont pénibles et peu payés. Mais le gouvernement demande à ces gens là de continuer à cotiser jusqu’à 63 ans !
Ensuite, une solution consisterait à limiter les droits à la retraite. Actuellement, le taux de retraite à taux plein forme environ 75% du salaire. Peut-être que l’on aurait pu penser à diminuer ce taux et combler cette diminution en ajoutant un élément de capitalisation.
C’est une solution qui est peu envisagée dans le pays, mais par exemple, les suédois, l’ont mise en place. Dans ce cas, il y aurait un socle de répartition qu’on pourrait abaisser à 60% du salaire, et ensuite, on pourrait avoir des régimes de capitalisation individuelle, éventuellement aidés par l’entreprise.
Une troisième chose a été négligée. En France, me semble-t-il, on est un peu brutal en disant « il y a obligation de partir à la retraite ». Je le comprends pour la fonction publique car une personne qui reste accrochée à son poste, pendant très longtemps, enlève un emploi à un jeune. Mais dans le privé, pourquoi forcer une personne à partir ?
MP : Justement, pourquoi, ne pensons–nous pas à l’emploi des jeunes ? Puisqu’on pense à partir plus tard à la retraite, ne pourrait-on pas aussi faire en sorte que les jeunes rentrent plus tôt sur le marché du travail, qu’ils trouvent du travail ?
NG : Vous avez raison de soulever ce problème : la France connaît d’énormes problèmes de chômage chez les jeunes. C’est un pays d’Europe, de l’OCDE, qui a le plus haut taux de chômage concernant cette population. Maintenant, il faut bien comprendre ce que signifie faire entrer un jeune sur le marché très tôt. Faut-il vraiment le recommander en 2010 ? Ou faut-il au contraire, faire en sorte qu’il se forme bien ? Car l’avenir d’un pays comme la France, qui n’a pas de ressources naturelles, qui va entrer de plus en plus en concurrence avec d’autres pays, c’est d’être excellent, d’avoir une main d’œuvre extrêmement productive. Et qui dit main d’œuvre productive, dit main d’œuvre qualifiée. Et qui dit qualification, dit études poussées.
Dans la mesure du possible, nos politiques devraient donc s’orienter vers l’éducation, encourager les jeunes à mener des études afin qu’ils arrivent qualifiés sur le marché du travail.
Ces journées d’économies publiques ont "abordé les retraites mais d’une manière beaucoup plus large, plus abstraite que le contexte particulier français. Différents régimes de retraite dans le monde sont étudiés par les spécialistes : des régimes par capitalisation, des régimes par répartition, et des combinaisons des deux. Les recherches qui ont été présentées portent sur l’efficacité, l’équité de ces différents systèmes et leurs modes de financement, mais d’un point de vue abstrait, "général", précise Nicolas Gravel. Ces chercheurs n’ont donc "pas étudié en détail les propositions de réforme qui font l’objet de discussion actuellement".
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