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L’Edito du Psy - Réponse à Michel Onfray sur Freud et la psychanalyse

[ Jean-Luc Vannier - Marseille Premium ] • 18|04|2010 • Mis à jour le : 18/04/2010 • Réagissez !
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Alors que Le Point publie les « bonnes feuilles » du dernier livre polémique de Michel Onfray sur Sigmund Freud, notre éditorialiste estime que l’approche critique du fondateur de l’Université populaire reste prisonnière de prétentions strictement philosophiques, bien étrangères aux ressorts mêmes de la psychanalyse. Et lui rappelle que les règles et la pratique du divan s’appuient au contraire sur l’absence de présupposés et la distanciation permanente.

Conséquence probable du dérèglement climatique, les marronniers fleurissent toute l’année. Surtout ceux de la presse hebdomadaire. Certes, en attendant le numéro programmé sur Moïse, Jésus, Mahomet, les Franc Maçons, les dessous de la finance internationale ou les secrets des Templiers, Le Point a évité, contrairement à d’autres, « l’affaire de la rumeur à l’Elysée ». Il a opté en couverture pour l’ouvrage décapant du philosophe Michel Onfray sur la psychanalyse (« Le crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne », Grasset). Le magazine en publie les « bonnes pages ». Assez mauvaises finalement. Le créateur des universités populaires du goût y aborde la psychanalyse en philosophe lourdement lesté d’une vision du monde, une « Weltanschauung » dont le principe a toujours été rejeté par la psychologie des profondeurs. Pour finalement trébucher sur ses propres présupposés théoriques. Qu’on en juge !

Le soi disant « monde magique » créé par Freud ? Le père de la psychanalyse n’eut de cesse d’en dénoncer l’infantilisme et l’illusion, rappelant au passage les trois blessures narcissiques infligées à l’homme par les découvertes scientifiques : Copernic prouve que la terre n’est pas le centre de l’Univers, Darwin explique que l’humain provient d’une évolution animale et Freud que le « moi » n’est pas maître de ses décisions dans sa propre maison. On comprend et on partage la rage manifeste de l’auteur.

L’antisémitisme latent de Freud ? Il est vrai qu’en quittant l’Autriche de 1938 déjà sous la coupe de l’Allemagne nazie, Freud fut « invité » par la gestapo à écrire quelques lignes sur le fait de « n’avoir pas été maltraité ». Âgé de 82 ans et malade, le fondateur de la psychanalyse eut l’audace d’ajouter à cette déclaration imposée, un additif selon lequel, il « recommandait vivement la gestapo à toute personne ». Une manière d’illustrer ses réflexions sur le « Mot d’esprit et son rapport avec l’inconscient » (1905) ainsi que sa théorie sur « l’humour » (1927) où ce dernier « remplace la colère ». Point n’est besoin d’avaliser le discours en 1977 d’Anna Freud à Jérusalem sur cette « science juive », notion qu’aurait probablement rejetée son géniteur : pour qui connaît un peu la pensée talmudique, le « Durcharbeit », la perlaboration psychanalytique y puise sans doute quelques-unes de ses précieuses articulations.

L’échec des prétentions thérapeutiques de la psychanalyse ? Cette dernière, n’en déplaise au philosophe, ne les a jamais revendiquées. Elle soigne, si l’on ose dire, presque malgré elle ! Un argument fondamental qui apporte de l’eau au moulin freudien : le Viennois s’est ingénié toute sa vie à vertement critiquer la « Furor sanandi », la fureur de guérir des cliniciens. Il souhaitait, ce faisant, empêcher la mainmise du corps médical sur la nouvelle science pour en éviter d’éventuelles dérives biologisante et organisciste. Ne pas se laisser aveugler, ne pas tomber dans les rets et devenir la proie du symptôme pour mieux en décrypter les mécanismes inconscients demeure un élément clef de la pratique du « divan ». Et la condition même d’un succès qu’elle ne recherche pas « ab initio » mais qu’elle obtient « par surcroît ».

Le pan-sexualisme freudien ? C’est véritablement faire injure à Freud que de réduire sa « libido sexualis », comme l’affirme Michel Onfray, à une série d’acting out ! Difficile de passer sous silence toutes les élaborations analytiques sur la nature et le « destin des pulsions », leur transformation, leurs oscillations entre la vie et la mort, leur emprunt à la civilisation au croisement de l’ontogénétique et du phylogénétique, de l’humain et du monde. Pour résumer à la manière de Lacan : le phallus n’est pas le pénis !

La psychanalyse, une religion doublée d’une secte ? Loin de l’image d’une révélation dogmatique et sclérosante, l’analyse procède d’une critique récurrente de son positionnement par rapport aux champs scientifiques où un « pouvoir » pourrait chercher à l’enfermer. Elle met également en œuvre une distanciation épistémologique dans sa pratique : toute analyse didactique, toute supervision a pour objet de débarrasser le clinicien du risque de la pulsion d’emprise sur le patient. Preuve supplémentaire de l’espace de liberté qu’elle ouvre, les « enfants terribles de Freud » ont eu à cœur de faire éclater le soi disant dogme en schismes multiples et parfois féconds.

Dans la virulence du ton employé par Michel Onfray réside son symptôme : quoi qu’en pense le philosophe de l’hédonisme lequel, en 2006 « avait pensé quitter l’Education nationale pour aller voir du côté de la psychanalyse », il est beaucoup plus proche du divan qu’il ne l’accepte. Un peu à la manière de ces patients qui s’allongent et déclarent de manière péremptoire : « Aujourd’hui, je n’ai rien à dire ! ». Signe annonciateur des meilleures séances. Michel Onfray est donc le bienvenu.



Par Jean-Luc Vannier - Marseille Premium

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    • L’Edito du Psy - Réponse à Michel Onfray sur Freud et la psychanalyse - 24|06|2010 à  14:30 • par Malaguarnera
      J'annonce la parution aux éditions ILV-Edition de mon ouvrage en réponse à M. Onfray : Critique du Crépuscule d'une idole de M. Onfray. Voici la présentation de l'ouvrage : Après quelques jours de la parution du Crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne de M. Onfray, Serafino Malaguarnera (psychologue clinicien et psychanalyste, auteur de plusieurs écrits et ouvrages), a réagi avec deux vidéos où il a présenté une critique serrée de ce brûlot. Après quelques semaines, Serafino Malaguarnera nous propose un ouvrage (paru aux éditions ILV-Edition), conçu comme une partition en quatre mouvements, qui démantèle d’une manière plus articulée, systématique et serrée l’ouvrage de M. Onfray. Dans le prélude, l’auteur nous situe, avec un peu d’humour, le Crépuscule d’une idole sur un axe historique et critique sous forme allégorique. Dans le premier et deuxième temps, les points majeurs des critiques qui lui ont été avancés sont déployés avec précision. Dans le troisième temps, l’auteur nous offre un commentaire critique sous forme de dialogue, percutant, serré, facile à lire des thèses sur lesquelles est bâti le Crépuscule d’une idole et des quatre premiers chapitres. En évitant toute démarche ad hominem, Serafino Malaguarnera préfère empoigner les outils propres à l’argumentation : la logique et la dialectique.
    • À propos de l’affaire Onfreud : - 5|06|2010 à  14:56 • par frdm.fr
      http://www.facebook.com/notes/psychanalogie/en-realite-michel-onfray-veut-sauver-la-psychanalyse-contre-freud-et-les-psychan/391038327884 = http://goo.gl/srst Où l’on découvre dans les propos de M. Onfray dans la presse et à la télévision qu’il cherche à substituer à la psychanalyse dite « freudienne » une « psychothérapie pour aujourd’hui », « psychanalyse post-freudienne », consistant en… la « méditation philosophique », substituée par supersessionisme. Et que pour cela, il cherche à ridiculiser la règle fondamentale, la « loi » de la psychanalyse, qui consiste du côté du patient à dire tout ce qui vient à l’esprit (« association libre »). Et que dans ces conditions, le livre de M. Onfray cherchant à ridiculiser Freud n’est qu’un moyen de parvenir à ses fins qu’il révèle par ailleurs : « je souhaite dire que j’aimerais que ce livre soit aussi et surtout l’occasion de penser une psychothérapie pour aujourd’hui », in article de M. Onfray publié sur le site du Monde le 7 mai 2010. Où l’on découvre que tout ceci est motivé par la phobie de la notion “freudienne” selon laquelle la « normalité » n’existe pas, et qu’il n’y a qu’une différence de degré, et non de nature, entre les « normaux » et « ceux qui ne le sont pas », et que M. Onfray estime cela scandaleux et tient à une frontière nette entre les deux, afin de pouvoir se placer… devinez dans quelle catégorie : voilà toute l’affaire. Voilà ce qu’y trouvent ceux qui soutiennent M. Onfray dans son ambition. Sommaire — des extraits de l’article de M. Onfray paru sur le site du Monde le 7 mai 2010 (mais non paru dans l’édition papier) — un premier commentaire de l’article de M. Onfray paru sur le site du Monde le 7 mai 2010 — des extraits du Dossier publié par Le Monde, sur site le 7 mai 2010 et dans l’édition papier le 8 mai 2010 : deux articles parmi ceux du dossier — les liens vers les enregistrements vidéo de la prestation de M. Onfray lors de l’émission télévisée de Laurent Ruquier le samedi 8 mai 2010 — la transcription et le bref commentaire des passages estimés essentiels de la prestation télévisée précitée de M. Onfray le 8 mai 2010 — le lien vers le blog de M. Onfray qu’il consacre à son livre et les suites de celui-ci notamment dans les médias : essentiel pour mieux apprécier la “mentalité” de M. Onfray — addition sur la notion de science et si la psychanalyse est une science — le lien vers le blog d’Emmanuel Fleury qu’il consacre à l’affaire Onfray et notamment liste la plus complète des liens vers les articles relatifs à cette affaire. Voir http://www.facebook.com/notes/psychanalogie/en-realite-michel-onfray-veut-sauver-la-psychanalyse-contre-freud-et-les-psychan/391038327884 = http://goo.gl/srst http://psychanalogie.fr « Les amis du couteau sans lame auquel on a ôté le manche se réjouissent d’accueillir un nouveau membre dans leur confrérie : en effet, l’invention par Michel Onfray d’une « psychanalyse post-freudienne », où il n’y aurait plus d’associations libres, donc plus d’analyse, et plus de psyché non plus puisqu’on ne s’intéresserait qu’à la pensée claire et transparente, satisfait parfaitement aux critères de l’association. La cérémonie de réception, réservée aux membres de l’association (à jour de leur cotisation), sera ouverte à tous, et sera conclue par une salve d’applaudissements sans les mains. O. Pinel secrétaire perpétuel provisoire (...)
    • L’Edito du Psy - Réponse à Michel Onfray sur Freud et la psychanalyse - 26|04|2010 à  16:04
      Je me permets de rappeler mon livre que le philosophe Onfray s'est bien gardé de critiquer : Le Régaleux, Introduction à la Gastroanalyse ; Editions Aleas, Lyon. Voici le quatrième de couverture : Le narrateur, qui recherche un équilibre alimentaire (et donc pondéral) improbable, s'engage dans diverses thérapies, dont une psychanalyse freudienne. Confronté à l'échec de ces diverses tentatives, et persuadé qu'il a un problème d'oralido, il décide de se lancer dans une auto-analyse d'un type nouveau, une gastroanalyse. Il y a un siècle, le regretté Sigmund Freud présentait sa découverte dans une Introduction à la Psychanalyse qui devait faire date. La présente Introduction à la Gastroanalyse aura t-elle le même retentissement ? Attendons moins d'un siècle, s'il se peut. Dans l'immédiat on appréciera les trois mutations importantes que propose la nouvelle analyse. La première est un changement de cadre : la cure ne se déroule plus dans le cabinet d'un psychanalyste mais dans une salle de restaurant. La deuxième est le changement du thème qui sera au centre du travail de l'analysant : ce sera la nutrition plutôt que le sexe. La dernière mutation, plus inattendue, amène l'analysant à la position assise, selon un mouvement inverse de celui inauguré par Freud. Avoir couché le patient est considéré par les exégètes comme un pas méthodologique essentiel dans la démarche de Freud. Ici on propose de "dé-coucher" l'analysant. Alors, retour à l'Avant-Freud ? Il y aura débat. Le lecteur partagera avec le narrateur les soucis d'un laborieux tête à tête avec l'assiette blanche dans laquelle il faut associer librement les aliments et ne rien mettre de coté. On a reproché à Freud d'avoir centré son propos sur les préoccupations sexuelles de la société viennoise de la fin du 19e. De même certains regrettent que, dans le présent ouvrage, l'attention soit par trop portée sur les préoccupations alimentaires de la société lyonnaise (et française aussi bien). On sait que les praticiens de l'analyse actuellement dominante se désintéressent des pulsions alimentaires. Devons nous accepter cette frilosité ? C'est ce défi là que la Gastroanalyse entend relever.

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