Marseille Premium : Faut-il faire d’une élection locale un enjeu national ?
Marie Batoux : Ces cantonales pourraient être le vrai premier tour des élections présidentielles de 2012. De toute façon, tout est national. Le quotidien des gens s’inscrit dans une globalité. Même si il s’agit d’une élection locale, le vote sera en tous les cas le reflet d’une situation nationale.
MP : Ces élections locales sont traditionnellement boudées. En tant qu’acteur politique, considérez-vous cette donnée comme une fatalité ?
MB : Pas du tout. Au contraire, je pense que ceci est même organisé. Nicolas Sarkozy n’a aucun intérêt à ce que les gens prennent part à cette élection. Il n’y a eu aucune campagne du ministère en charge pour faire en sorte qu’il y ait un minimum d’informations au sujet des cantonales. S’il n’y avait pas la presse locale, personne ne serait au courant ! C’est une crise démocratique affligeante que l’on doit prendre à bras le corps en tant qu’organisation politique. C’est de notre rôle de redynamiser l’implication citoyenne.
MP : Contrebalançant le desafect des électeurs, cette élection est trustée par les candidats : 194 pour le département des Bouches-du-Rhône. Ainsi, croyez-vous qu’un outsider comme le Front de Gauche/NPA ait sa chance ?
MB : Si on se présente aux élections en sachant très bien que le scrutin est nominal à deux tours et est très favorable aux grands partis, c’est que l’on pense que l’on a un message politique à apporter. Nous voulons avancer toute une série de propositions de rupture avec un système capitaliste et démontrer que cela peut aussi bien se faire dans les élections de proximité que dans les élections nationales.
MP : Sur quel thème pensez-vous faire la différence ?
MB : L’angle social. Le budget du conseil général est consacré à 62% à l’action sociale. C’est sa compétence principale. C’est là-dessus qu’il nous faut appuyer puisque c’est là-dessus que l’on peut changer le quotidien des citoyens des Bouches-du-Rhône. Nous réclamons un rééquilibre vers l’action sociale de 50 millions d’euros de son budget. Aujourd’hui, il n’est pas normal que le conseil général se laisse imposer une partie de sa politique par l’Etat qui se désengage des grands projets d’aménagement du territoire type la piétonisation du Vieux Port.
MP : Les élus de ce scrutin ne siègeront que trois ans au lieu de six en raison de l’entrée en fonction du mandat de conseiller territorial en 2014. Comment estimez-vous cette réforme ?
MB : C’est une catastrophe démocratique. On éloigne les cercles de décision en donnant un rôle accru au Préfet qui va couper l’herbe sous le pied aux élus locaux. Le risque c’est qu’ils puissent empêcher de mener une politique autre que celle du gouvernement. Ce qui est également inquiétant c’est la professionnalisation des élus à la clé. On donne ainsi libre cours au cumul des mandats et on verrouille un système politique en coupant les élus de la réalité.
MP : Alors que vos troupes sont en campagne, pensez-vous que les affaires qui éclaboussent le parti socialiste et la droite peuvent être une aubaine pour les candidats du Front de Gauche ?
MB : Qui va y gagner dans cette affaire : le Front National et l’abstention. Ils récupèrent ce vote contestataire du « tous pourris ». Ils disent soutenir les classes défavorisées. En réalité, derrière, on a un parti libéral qui a soutenu la réforme des retraites et qui accuse la gauche d’être des gréviculteurs. Ce sont des choses catastrophiques pour nous.





