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Nanotechnologies et Défense Nationale

[ Malik Brahmi - Marseille Premium ] • 7|02|2010 • Mis à jour le : 2/03/2010 • Réagissez !
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Le 19 janvier 2010 s’est déroulé à Marseille le 13ème débat public relatif aux nanotechnologies. Celui-ci se focalisait sur les « applications des nanotechnologies en optique et photonique et autres développements en PACA ». Mais aussi et surtout sur les « applications des nanotechnologies pour la sécurité intérieure et la défense nationale ».

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Logo Débat Public sur les Nanotechnologie. Réunion de clotûre le 23/02/2010
© Droits Reservés

Rappelons que ce débat résulte d’une volonté conjuguée du Grenelle de l’environnement et du gouvernement français de donner la parole aux citoyens et aux spécialistes. Pour renforcer l’aspect participatif, un site Internet entièrement dédié a été mis en place à l’adresse (http://www.debatpublic-nano.org/). On y trouve le calendrier des prochaines réunions, les vidéos en intégralités des précédents débats, des comptes-rendus précis, des contributions de spécialistes. Bref, il semble qu’il y ait un maximum de transparence et d’informations sur un sujet sensible tant au niveau éthique (liberté…), législatif (encadrement pour éviter les éventuelles dérives), émotionnel (appréhensions relatives à ces technologies de l’invisible…)

Les nanotechnologies constituent un sujet qui captive par le progrès espéré et la crainte engendrée. Une crainte qui sait se faire entendre comme l’a prouvé une cinquantaine de manifestants anti-nanos (sur un public de 220 personnes). Entre sifflets et slogans hostiles à cette technologie, ils avancent que « les décisions sont déjà prises et que le débat est là pour les avaliser ». Ce à quoi rétorque Michèle Rousseau (membre du commissariat général du développement durable) que « plusieurs types de décisions pourraient être induites par ce débat comme le fait d’imposer un certain pourcentage de recherche sur les risques sur la santé et l’environnement, de demander plus ou moins de contrôleurs ou d’agir sur les institutions européennes et d’autres avis donnés dans le débat ». Deux visions qui n’ont pas fini de s’entrechoquer…

Climat hostile, sujet sensible

C’est dans ce climat difficile qu’a été lancé le sujet de la défense nationale à Marseille. En termes de budget, « la recherche effectuée par le ministère de la Défense sur les nanotechnologies représente environ 7 % du montant de la recherche publique dans cette technologie là. Sur les 850 M€ de ses dépenses annuelles, les nano en représentent 120 ». Robert Ranquet (Directeur adjoint à l’Institut des hautes études de défense nationale) incité par des questions du public relatives aux futures applications des nanotechnologies dans son domaine, reprend la parole. Il évoque « les applications potentielles permettant d’améliorer les performances des matériaux pour les rendre plus légers, plus résistants à la corrosion, plus résistants à certaines substances chimiques ou biologiques, sur des aéronefs et des véhicules terrestres blindés, les dispositifs donnant des fonctions nouvelles comme la possibilité de faire des diagnostics ou des débuts de traitement en cas de blessure des combattants, ou de nouvelles fonctionnalités en matière de communication incorporée, ou encore la capacité d’emporter de l’énergie ou d’en générer ».

Pour lui, « l’intérêt de l’armée pour les nanotechnologies ne signifie pas qu’il y aura un jour des nanoarmements ». Difficile à prédire, puisque rode encore le souvenir de l’arme nucléaire… Interrogé sur la question des drones de combats américains, ce dernier explique « la réalisation de drones de quelques centimètres permettrait tout au plus d’embarquer une caméra miniature et ne pourrait guère servir à autre chose qu’à la surveillance ». En ce qui concerne « l’utilisation de nanoparticules comme vecteurs de propagation d’agents chimiques ou bactériologiques et la difficulté de s’en protéger », Robert Ranquet insiste sur un point important relatif aux armes biologiques et chimiques « qui sont interdites par les conventions internationales dont la France est signataire ». Ceci exclu donc les nanotechnologies dans ce type d’utilisation. Bien que « rien n’empêche leur utilisation par d’autres pays, d’où l’importance de s’en préoccuper et de réfléchir aux parades » s’empresse-t-il de préciser.

Répondant à une inquiétante question relative à la possibilité de « créer des virus pouvant éradiquer une partie de la population de façon sélective », le spécialiste de la défense se veut rassurant. « Il est interdit d’utiliser des armes biologiques ». Et de donner l’exemple de « l’Afrique du Sud, qui avait commencé des recherches en ce sens et les a stoppées sous la forte pression de la Communauté internationale ». Il enfonce le clou en stipulant qu’il existe « une convention internationale ayant prévu un corps d’inspecteurs internationaux indépendants rattachés à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) pour surveiller les activités des entreprises susceptibles d’en fabriquer ». Pour les armes biologiques en revanche cela repose sur les autorités nationales.

Intervenant sur une question concernant les dérives sécuritaires, Jacques Dallest (magistrat et procureur de la République) défenseur des libertés individuelles de préciser que « tout progrès technologique et toute science sont susceptibles de susciter leurs propres dérives […] c’est au législateur de poser les bornes de ce qui est autorisé en matière de libertés individuelles […] la justice applique la loi de la République, expression des citoyens. Elle doit s’adapter aux évolutions de la science ». D’un point de vu éthique, Robert Ranquet ajoute que « le travail ne porte jamais sur les nano en tant que tels mais sur leur utilisation dans des domaines déjà fortement encadrés ». Faut-il créer un cadre législatif particulier ? Un code de déontologie est-il suffisant ? Faut-il renforcer les pouvoir de contrôle ? A quel coût ? Tout cela reste à déterminer en profondeur. Telle semble être l’utilité d’un tel débat.


La vidéo intégrale du débat à Marseille : http://www.debatpublic-nano.org/act...


Par Malik Brahmi - Marseille Premium

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