
- Radioportraits © Xavier Lucchesi
Le travail de ce « visual artist » comme il se définit, est fondé sur l’interaction des techniques et des lieux. Hier, l’artiste utilisait les rayons X afin de scruter l’intérieur des sculptures en plâtre de Picasso ou encore dévoilait les figures cachées d’un tableau de Courbet. Xavier Lucchesi délaisse son appareil photo au profit d’outils scientifiques pour aller au cœur des objets et des intentions artistiques.
Aujourd’hui, il entend utiliser l’hôpital et ses outils pour son projet de résidence et de réalisation artistique auprès l’AP/HM. Changer le regard sur l’hôpital grâce à l’art, modifier la vision d’un corps malade et apporter une autre lecture à l’image de santé sont les finalités visées pour ce projet. Présenté dans le cadre de Marseille Provence 2013 et auprès de l’AP/HM, le projet ne verra le jour que lorsque le protocole de résidence artistique sera validé. Son dossier est soutenu par le Pr Jean-Michel Bartoli, chef de service du pôle radiologie et imagerie médicale de l’Hôpital de la Timone. Le Professeur y voit un projet fédérateur pour le personnel médical et les patients. Une future expérience que l’artiste entend faire vivre sur Paris également.
Un projet visionnaire et visuel
Xavier Lucchesi veut abolir l’artefact que représente l’imagerie médicale. De médicale, l’image deviendra émotionnelle. Eveillant les patients à un imaginaire et à une double lecture. Son travail confie-t-il "n’est pas vital comme celui du médecin mais en sortant les images de leur contexte, je propose de sortir les angoisses des patients, de décharger les médecins et les équipes soignantes de leur peur, de les soulager... ". Pour lui, l’image médicale n’est pas la réalité mais une interprétation, une reconstitution approximative du réel. Xavier Lucchesi a pour objectif de décontextualiser l’outil médical, le banaliser. Cette approche se concrétisera par l’utilisation du scanner comme un photomaton, recréant un paysage intérieur du patient. « Le patient devra se réapproprier son corps et l’accepter. Recréer une vue intérieur de son corps à partir d’un paysage aimé pour susciter une projection instinctive et personnelle qui ne soit pas liée à la maladie. Revisiter sa vie, son chemin à partir de cette image ».
L’art prend vie
Pour Xavier Lucchesi, le bâtiment sera « un corps humain qui respire ». Envisager le traitement des espaces de circulation comme des entrées et des sorties du corps est la proposition de cet artiste visuel. Il entend traiter les différentes composantes du bâtiment et du protocole médical dans un but altruiste, celui de procurer des effets psychiques bénéfiques pour les patients, les accompagnants et le personnel médical.
Les salles d’attente seront prétextes pour capter l’attention du patient et le soulager de ses angoisses à l’aide de posters radiolumineux. Le passage obligé par le service administratif de l’hôpital fera en sorte qu’il soit le plus agréable pour le patient au travers de la délivrance d’un dossier médical qui s’apparente à un objet esthétiquement intéressant. Un totem chamanique en hommage au dieu Sumérien du vent Li sera un des points forts de ce projet et joue sur le jeu de mot du mage et de Li mage/image. L’artiste nous livre son projet et un message : « Nous sommes une société malade, qui a peur. Il faut inventer autre chose ».
C’est une vision nouvelle de l’Art et de l’hôpital que beaucoup espèrent voir se concrétiser à Marseille.





