Marseille-Premium : Pourquoi avoir créé cette entreprise ?
Jonathan Kharoubi : j’ai vécu à Londres où les « vélocab » existent depuis longtemps comme dans d’autres villes de France (Paris, Lyon, Toulon, Nice, etc.) et d’Europe. Séduit par le concept, j’ai eu envie de me lancer dans ce projet pour répondre au développement durable et à une circulation souvent difficile aux heures de pointe. J’ai donc présenté mon projet à la Foire Internationale de Marseille où l’on m’a fortement encouragé.
MP : Quel était l’intérêt du « vélocab » ?
JK : Mes 8 tricycles “Velocab” étaient écologiques. Les chauffeurs avaient pour mission de sillonner l’hyper-centre de Marseille, en pédalant du 1er arrondissement jusqu’au 8eme pour seulement 1 € de prise en charge par personne et 1,50 € par personne/kilomètre. C’était un moyen de transport original et économique ! Marseille étant une ville très vallonnée, certains endroits nous étaient interdits comme Vauban ou Notre Dame de la Garde. En revanche, les conditions de confort et de sécurité étaient parfaitement optimales.

- "Vélocab" un moyen de transport écologique - crédits Jonathan Kharoubi
MP : Comment s’est construit ce projet ?
JK : Je me suis entretenu avec Madame Laure-Agnès Caradec, adjointe au Maire (responsable des espaces naturels et pistes cyclables) et elle a validé mon projet par « autorisation de courtoisie ». Je me suis ensuite inscrit à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Marseille et non à la Chambre des Métiers car je ne représente pas une société de transports. Il faut savoir que « vélocab » n’est pas un VTM (véhicule terrestre motorisé) puisque la puissance « moteur » (250 watt) correspond à un vélo à part entière. Clairement, nous ne sommes pas concernés par le « transport de personnes » mais par le « transport à la personne ». La différence est subtile mais a son importance. Si le « vélocab » avait eu un watt de plus, j’aurais eu besoin d’une licence « taxi » pour exercer mon activité ! L’assistance électrique de mes tricycles ne permettait pas de dépasser les 25 km/heure.
MP : Comment gagniez-vous votre vie ?
JK : Mes chauffeurs étaient des auto-entrepreneurs et je travaillais de manière éthique avec eux. Je leur confiais les vélos et ils étaient rémunérés par les courses sur lesquelles je ne gagnais pas un euro. Ma rémunération venait des entreprises-sponsors qui louaient des espaces publicitaires sur mes tricycles.
MP : Pourquoi avez-vous cessé votre activité ?
JK : Suite à une forte pression des chauffeurs de taxi qui évoquaient une concurrence déloyale, en janvier 2010, la Mairie nous a interdit « oralement » de continuer notre activité. Oralement, parce qu’ils ne pouvaient s’appuyer sur aucun écrit juridique ! J’aurais pu continuer mais j’ai préféré tout stopper pour protéger mes chauffeur dont l’un deux a subi des violences verbales. J’ai dû finalement baisser les bras. Difficile de se battre seul contre 500 chauffeurs de taxi !
MP : Avez-vous de nouveaux projets ?
JK : Je conserve mes tricycles mais le transport sera désormais gratuit pour les clients. Il sera à la charge des entreprises-sponsors qui imposeront leur trajet. Ce sera un nouveau service offert aux promeneurs qui se déplaceront dans le centre avec des stations prédéfinies. D’autre part, j’ai l’intention de développer un partenariat avec OVS (On Va sortir), une entreprise en ligne de rencontres et de loisirs qui louera mes vélos pour des ballades à la journée. Mais j’ai aussi d’autres projets avec la Mairie de Marseille qui souhaiterait offrir un service de transport gratuit aux marseillais pendant les soldes. Sacré paradoxe ! Je vais aussi me rapprocher de futurs mariés qui voudront amener leurs proches de la maison à l’église. C’est très en vogue ! Quoi qu’il en soit, je suis en train de rebondir et reste confiant sur mon avenir professionnel.





