Parfois, le Net peut être une alternative à la consultation médicale. Pierre Assas, un habitué des forums santé, explique : « Le passage chez le médecin c’est physique. Il va palper, ausculter, déshabiller, toucher. Le stéthoscope, posé sur la poitrine, est perçu comme une intrusion : on écoute à l’intérieur. Alors que sur Internet, il n’y a plus de chair. C’est complètement différent. Il y a une distance. » Comme si ce media créait l’illusion de protéger l’intimité en la noyant dans l’anonymat, la masse ou l’impalpable. En la désincarnant.
Partager pour contester ?
Cette distance, instaurée entre le corps du malade et celui du médecin, représenterait celle qu’on pose avec le pouvoir : « Un forum peut servir à démystifier la parole du médecin. Car si on pose la question à quelqu’un d’autre, c’est d’une certaine manière, qu’on conteste sa parole. Je dirais que cela vient de mai 68, une période de contestation où tous les savoirs étaient dénoncés comme des pouvoirs. Avec Internet, la connaissance médicale et la parole du professionnel cessent d’être sacrées. »

- Pierre Assas
- © Sophie Le Nir, marseille-premium.com
Bref, grâce au Web, selon ce médecin marseillais, « la population a acquis des notions de santé, une culture, une connaissance. » Même s’il reconnaît qu’ « on y trouve aussi beaucoup de réponses moralistes. Concernant la pilule contraceptive par exemple, les conseils sont parfois d’arrêter au moins une fois par an car cela rendrait stérile. C’est incompétent ou moraliste, je ne sais pas, mais c’est faux. »
Partager pour contrôler ?
Par contre, au sujet du dossier médical personnel (DMP), partagé et informatisé, Pierre Assas exprime des réticences. Tel un carnet de santé, le DMP retrace l’historique de nos consultations. Lors de chacune d’elles, les médecins doivent y noter tous les éléments médicaux nous concernant dont les traitements prescrits. Pour ce médecin, dont le cabinet est à la Plaine, la « santé est une relation », qu’on ne peut saisir avec des données objectives, ou la seule description des symptômes, qu’induit l’utilisation de ce dossier. Il donne un exemple : « madame, votre angine, c’est parce que vous êtes surmenée et qu’il faudrait demander à votre mari de faire la vaisselle, à votre place. Même si la dame a réellement une angine. » Ainsi, des patients consultent aussi pour autre chose. Un symptôme ou une maladie exprime une histoire personnelle, ou familiale, ce que ne prennent pas en compte les données objectives. Cette réforme de l’Assurance maladie, lui paraît donc être "une négation de la relation, au profit d’un contrôle du patient".
La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) avait observé, quant à elle, en 2004, que les assurés sociaux n’étaient pas réellement libres de refuser l’accès à leurs données privées. Elle avait donc demandé des garanties au niveau de la confidentialité de ce dossier médical « en-ligne ». Enfin chaque patient doit pouvoir y accéder.





